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Webchronique 1968 -2018 Au-delà des utopies, portraits de ceux qui ont créé le futur

En Ariège, les concepts qui ont nourri les philosophies nées de 1968, se sont incarnés. Portés par l’envie de laisser derrière eux le « Vieux monde », des citadins sont venus chercher ici une terre où mettre en accord leurs idéaux et leur vraie vie. Retour à la nature, communautés, autonomie… Certains y sont parvenus. Ils ont porté et reçu, conjuguant en cela la dynamique du territoire. Quelques portraits de ces « néos » qui ne le sont plus. On dit Ariégeois, c’est tout. Et c’est beaucoup.

Changement de mots, glissement  d’époque. 

Il y a un demi-siècle exactement, un séisme traversa la conscience de la planète industrialisée. Les enfants des années riches prenaient la route plutôt que le chemin de l’entreprise, récusaient les Eglises pour les grand-messes pop’, désavouaient l’enseignement pour une culture autogérée…  L’image d’Epinal  retient les barbes et cheveux longs, les robes à fleurs, la marie-jeanne et les enfants nus autour des « combi VW ». Katmandou entre dans le vocabulaire. Che Guevarra, Mao, Viet-Nam. Des mots à soulever des pavés : 68. La France n’y a pas échappé, l’Ariège non plus.

Pourtant, si belle soit la légende, c’est avec le premier choc pétrolier en 1973, que les
fleurs semées sur les barricades, vont éclore. Les idées qui avaient fait peau neuve sur les murs commencent à prendre consistance. « Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend »[1].

L’écologie et les pots de fleurs.

En 1974, entre l’énarque Valéry Giscard d’Estaing et l’impatient François Mitterrand, apparait un étrange personnage, René Dumont, lui aussi candidat à la Présidence de la République. Comme jamais personne jusqu’alors ne l’avait fait de façon aussi massive, il lance un appel à « sauver la planète tant qu’il est encore temps », avec ce terme tout neuf : « écologie ».

C’est dans ce mouvement, plus inspiré par une volonté de changement éthique que par des projets mûris à l’aune du réalisme, que va se déplacer une jeunesse citadine en direction des « espaces », à la recherche d’air pur et de rapports économiques et humains plus fraternels, croient-ils. Ils ciblent les départements ruraux qui subissent l’effet inverse : l’exode vers les villes, l’envie d’un boulot stable, « le formica, et le ciné[2] ». La Lozère, l’Ardèche, l’Aude, l’Ariège… les départements que boude une agriculture « moderne » avide de plaines et de rendement, deviennent des destinations pour ces « néos » dont la plupart n’avaient jusqu’alors vu la terre que dans des pots de fleurs.

Le chassé-croisé silencieux des idéaux partagés.  C’est l’ironie de l’Histoire, le malentendu. En manque d’avenir, les uns « quittaient la terre où ils sont nés» et croisaient la route de ceux qui venaient d’un peu partout en fuyant ce que, précisément, les autres allaient chercher. Un choc sans paroles, qui n’existait en somme que dans le regard que l’on portait sur l’espoir d’une vie meilleure. Ce ballet silencieux ne s’est pas fait sans douleur au début. Le travail en zone rurale ne se décrète pas. Il se mesure à la force des bras. L’Ariège n’échappe pas à cette règle : il a fallu faire ses preuves et en la matière, le seul indice valable reste la vérité du résultat. Quelques décennies plus tard, on peut constater. Et le dire.

Les « néos » ne le sont plus. Ils sont Ariégeois, ils ont contribué eux aussi à faire de cette terre l’espace préservé que défend aujourd’hui le Parc naturel régional des Pyrénées Ariégeoises (PNRPA) avec l’énergie de tous.

Le partage est venu et la communion a eu lieu avec ceux qui avaient fait le choix de rester car au bout de la route se trouvait un idéal commun : respecter l’Ariège dans toute son âme ; des paysages jusqu’aux hommes. Lui donner un futur et des enfants : des structures adaptées à notre siècle, tout en léguant une nature authentique et pérenne.

Ici, vous pourrez suivre l’itinéraire de quelques-uns de ces enfants du bitume venus rejoindre l’Ariège. Ils y ont prospéré au sens où ils l’entendaient en trouvant dans ses montagnes une vie riche parce qu’en accord avec leurs convictions. Ils n’en demandaient pas davantage. L’Ariège a su s’ouvrir pour les accueillir tout d’abord, pour conjuguer ensuite un avenir commun. Avec le Parc et avec d’autres, ils ont donné corps à la marque Valeurs Parc, dans laquelle s’incarnent nombre de ces grands idéaux de respect de la nature, de la tradition, des femmes et des hommes.

Philippe MOTTA

 

Retrouvez le premier portrait de cette webchronique jeudi prochain à 17h45 et sur la page Facebook valeursparcpyreneesariegeoises.

[1] (slogan, Nanterre, http://users.skynet.be/ddz/mai68.

[2] Jean Ferrat, « La montagne »